De près ou de loin, nous avons tous vécu des situations traumatisantes et humiliantes, particulièrement en milieu scolaire où les émotions sont décuplées et souvent camouflées. Mais comment aborder le consentement, le harcèlement et l’acceptation de l’autre sans se montrer moralisateurs ? Comment partir de l’être pour aller vers l’autre ? Comment se mettre à la place de l’autre à un âge où on découvre à peine l’être ? La question d’appartenance au groupe ne permet pas toujours de révéler son identité, sa singularité, sa différence.
Transposer l’oeuvre initiale du conte La Belle et La Bête dans une action qui se déroule dans un milieu scolaire était une évidence pour permettre d’aborder des thématiques à travers un message d’espoir. Collégiens, lycéens, enseignants, parents et jeunes artistes vivent une expérience actuelle qui parle d’eux, étudiée et jouée par eux, dans leur langage. Ils se voient et s’entendent. Les personnages attachants, les actions, le texte, la musique, la danse et la scénographie minimaliste leur permettent de directement et simplement s’identifier en se mettant à la place de la proie harcelée comme du prédateur harceleur. L’oeuvre permet très vite de lire que nous avons tous et toutes une belle et une bête en nous.
La préparation et le casting nous ont permis de vivre de vraies rencontres lors de nos trois tours d’auditions transformées en séances de travail pour rentrer tout de suite dans l’œuvre, dans la résonance du vécu d’une grande majorité de candidats, hélas.
L’artiste est cet oiseau rare, pour ne pas dire bizarre, très communément harcelé, qui sort de sa dépression par l’expression. L’expression de ses émotions, de ses maux par des sons. Ces auditions ont donc permis à tous les artistes, retenus et non retenus, de se faire entendre, d’avoir une voix, d’être considérés tout en leur apportant des clés conscientes de notre dualité.
L’aventure de la création dans les Pouilles a permis en petit comité de révéler et de sublimer un message difficile à porter par des jeunes artistes pour des jeunes spectateurs qui en deviennent les spect-acteurs. De ceux qui regardent à ceux qui gardent. De ceux qui observent à ceux qui ressentent et agissent. Ces nouveaux acteurs nous donnent la force et le profond désir de continuer d’agir, créer et transmettre La Belle + La Bête dans toute la France.
